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UNIVERSITÉ PARIS DESCARTES
12 RUE DE L’ÉCOLE DE MÉDECINE
75006 PARIS

DIRECTEUR DE LA PUBLICATION : Frédéric Dardel

RÉDACTEUR EN CHEF : Pierre-Yves Clausse

RÉDACTEURS : Jean-Christophe Piot, Pierre-Yves Clausse

CRÉDIT PHOTOS : Université Paris Descartes – Philip Martin – istock2018

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Par ordre d’apparition dans le magazine : Frédéric Dardel, Alain Fischer, Odile Launay, Serge Blisko, Olivier Garraud, Juan Alonso, Marie Veniard, Theodore Alexopoulos, Nathalie Martial-Braz, Samuel Laurent, Claude Forest, Charbel Massaad, Catherine Labbé-Jullié, Brandon Stell, David Janiszek, Gérald Bronner

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Conflits d’intérêts : la science sous influence ?

Objectifs et détachés, les chercheurs ? À voir. Si la science a toujours été un théâtre d’influences croisées, conscientes ou non, privées ou publiques, les pressions et les dérives prennent des formes de plus en plus sophistiquées – au risque de saper sur le long terme la confiance du grand public vis-à-vis des scientifiques et de leurs travaux, alors même que l’immense majorité des chercheurs exercent leur activité de manière déontologique et responsable. Comment préserver l’intégrité de leur travail ? Comment se protéger collectivement ou à titre individuel ?

Andrew Wakefield : à lui seul, ce nom résume l’une des grandes menaces qui pèsent sur la communauté scientifique (voir page 8), menace dévoilée par la presse. Dès 2004, une enquête du Sunday Times apporte la preuve que ces travaux ont été falsifiés, révélant au passage l’existence de liens d’intérêts non déclarés entre Wakefield et une organisation d’avocats anti-vaccination, sponsors de l’étude. Pire : le journal montre que Wakefield s’apprêtait à lancer une société pour commercialiser un prétendu test qui aurait permis de détecter une maladie imaginaire…

Radié à vie du British Medical Council, Andrew Wakefield vit aujourd’hui de ses droits d’auteur et des conférences rémunérées qu’il accorde régulièrement, à l’appel des ligues anti-vaccination d’Amérique du Nord. Si l’affaire Wakefield a marqué les chercheurs bien au-delà du monde médical, c’est parce qu’elle est pour beaucoup dans la contestation d’un acquis scientifique qu’on pensait solidement établi – la vaccination – sous l’influence de liens d’intérêts qui ont conduit à une fraude aux effets délétères. Bien que le débat soit scientifiquement clos, le mal est fait : ses travaux ont été le point de départ d’une série de campagnes anti-vaccination qui se sont soldées par une chute importante de la couverture vaccinale aux États-Unis, en Grande-Bretagne et en France et par la résurgence de maladies comme la rougeole.

Le cas Wakefield est exemplaire d’un conflit d’intérêt majeur. Mais comment les repérer ? Comment s’en protéger ? Comment trouver le juste équilibre entre les nécessaires collaborations des chercheurs avec le monde économique et l’indépendance de leurs travaux ? Comment éviter qu’un lien d’intérêt ne finisse par remettre en cause la neutralité et l’impartialité des chercheurs ?

Médecine, pharmacie, chimie, énergie… Il est impossible de travailler sur un sujet donné sans tisser des relations ou des partenariats avec une foule d’acteurs.

Influences multiples
“Tout chercheur est confronté à plusieurs formes possibles de conflits d’intérêts”, rappelle le professeur Olivier Garraud, directeur médical et scientifique de l’Institut National de Transfusion Sanguine (INTS) et membre de sa commission d’éthique. La première question qu’il doit se poser est de savoir si son travail est promu ou soutenu par un groupe d’influence.” On pense évidemment au cas des entreprises privées dont certaines n’hésitent pas à influencer la production scientifique, parfois de façon brutale. La publication des “Tobacco Papers” et les procès qui ont suivi, dans les années 90, ont ainsi montré comment l’industrie du tabac avait déployé depuis des décennies toutes sortes de techniques pour contrer la lutte contre le tabagisme, en influençant le personnel politique mais aussi la communauté scientifique. Quand ils n’intimidaient pas les laboratoires en poursuivant systématiquement leurs chercheurs en justice, les quatre géants américains du tabac ont ainsi financé une série de travaux destinés à nier le lien entre tabagisme et cancer, puis à contester la gravité du tabagisme passif. Grossières mais efficaces, ces techniques restent l’arbre qui cache une forêt de pressions plus habiles et plus difficiles à détecter : “Une entreprise peut influencer la communication, financer des colloques scientifiques, recevoir les chercheurs dans d’excellentes conditions matérielles… Je suis parfois stupéfait de voir des intervenants affirmer qu’ils n’ont pas de liens d’intérêt alors qu’ils ont voyagé en business à l’invitation d’un acteur privé pour se rendre au colloque où ils interviennent.”

Cela étant, le professeur Garraud rappelle que les entreprises ne sont pas les seules entités capables d’exercer des pressions directes ou indirectes. “Les pouvoirs publics peuvent avoir un intérêt à voir la recherche avancer dans un sens qui leur est favorable, par exemple pour prouver l’efficacité d’une politique publique. Leur influence potentielle est indéniable, ne serait-ce que parce qu’ils choisissent ce qu’ils financent.” Même chose au niveau des instituts et des universités elles-mêmes, fait valoir le professeur Garraud. “Un confrère m’a un jour dit qu’il n’était pas soumis à un quelconque conflit d’intérêt puisqu’il travaillait pour une université publique. Non seulement j’estime que nous sommes nécessairement influencés par la structure qui paye notre salaire, mais le temps où le service public était pur de tout lien avec le secteur privé est terminé. Les universités proposent des formations continues, peuvent avoir un intérêt à promouvoir telle ou telle vision… Personne ne peut se vanter d’être un pur esprit.”

Nécessaires liens d’intérêt
Reste un problème : “Les liens d’intérêt sont inhérents à l’activité des chercheurs”, pointe Olivier Garraud. Médecine, pharmacie, chimie, énergie… Il est littéralement impossible de travailler sur un sujet donné sans tisser des relations ou des partenariats avec une foule d’acteurs : représentants de l’industrie, fabricants, distributeurs, associations de consommateurs, financeurs… Tous ont des intérêts particuliers, tous seraient donc en théorie soupçonnables de chercher à influencer des travaux qui les concernent. Comment résoudre ce paradoxe ? “En commençant par en être conscient et en acceptant d’indiquer et de lister systématiquement nos liens d’intérêt. J’attends d’un chercheur qu’il liste ses points de contacts avec tel ou tel industriel, précise qu’il a accepté une rémunération, un déjeuner, un hébergement de qualité…” Sans viser pour autant une transparence en tout état de cause illusoire, insiste le chercheur : “Il faut d’autant plus être un saint pour être transparent que notre subconscient peut nous amener à minimiser ou à maximiser un lien d’intérêt. Il faut plutôt viser une forme d’honnêteté. C’est ensuite à l’ensemble de la communauté scientifique de déterminer si nous sommes ou non sous influence.”

REPÈRES

Les études financées par le secteur concerné ont quatre fois plus de chances d’être favorables à l’industrie concernée.

Source : Richard Smith, “Conflicts of interest: how money clouds objectivity”, Journal of the Royal Society of Medicine, juin 2006

Vers une réponse collective
Au-delà de l’éthique individuelle et du jugement des pairs, comment se protéger collectivement ? Longtemps disparates, les réponses jusque-là isolées des universités tendent à s’unifier depuis juin 2016, date de la remise du rapport Pierre Corvol au ministère de la Recherche. En seize propositions, ce médecin et ancien administrateur du Collège de France y insistait sur l’importance de se doter, entre autres, d’un dispositif national de référence auquel pourraient se référer les laboratoires de toutes les disciplines, d’un vade-mecum juridique autour des procédures et des sanctions à appliquer et d’un observatoire destiné à observer les pratiques des chercheurs.

Rapidement pris en compte, le rapport s’est traduit par un certain nombre de mesures concrètes qui produisent leurs effets, notamment auprès des jeunes chercheurs : “Il y a une pénétration progressive de ces notions auprès des étudiants”, remarque le professeur Garraud qui rappelle qu’un arrêté de 2016 impose aux universités de former tous leurs doctorants à l’éthique, la déontologie et l’intégrité scientifique. “L’idée d’inviter chacun à lister ses propres liens d’intérêt infuse petit à petit. Nos chercheurs sont de mieux en mieux alertés sur les mille manières par lesquelles on peut chercher à les influencer.”

Autre conséquence du rapport Corvol, la création de l’Office Français d’Intégrité Scientifique (OFIS). Créé en mars 2017, ce nouveau département du Haut Conseil de l’Évaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur (HCERES), dirigé par le chercheur de l’INRA, Olivier Le Gall, est chargé d’une triple mission : accompagner les universités dans la mise en place de leurs propres garde-fous, observer les cas de méconduite scientifique et contribuer au débat national et international en matière d’intégrité scientifique. Un large programme dont le bilan ne sera pas mesurable avant plusieurs années.

REPÈRES

La quantité d’articles scientifiques douteux aurait été multipliée par huit entre 2010 et 2014, passant de 50 000 à 400 000 publications dans 8 000 revues “prédatrices”, prétendument scientifiques.

Source : Cenyu Shen et Bo-Christer Björk, “‘Predatory’ open access: a longitudinal study of article volumes and market characteristics”, BMC Medicine, 2015

L’affaire Aubier, cas d’école d’une confusion des genres

Pour avoir omis de préciser ses liens d’intérêt avec le groupe Total* devant une commission sénatoriale, le pneumologue Michel Aubier a été condamné par la Cour d’appel de Paris** à 20 000 euros d’amende, peine que l’ancien médecin conteste en cassation. Retour sur une affaire emblématique. Un oubli fâcheux. En avril 2015, interrogé sous serment dans le cadre d’une commission d’enquête sénatoriale sur les coûts induits par la pollution de l’air, Michel Aubier, spécialiste reconnu de l’asthme, assure n’avoir aucun lien avec les acteurs économiques du secteur – oubliant de préciser qu’il est salarié depuis 1997 par Total, comme médecin-conseil et membre du conseil d’administration. Également étonnant : alors qu’il avait informé son employeur, l’AP-HP, de ses liens d’intérêts avec des laboratoires pharmaceutiques – parfois pour des sommes de quelques dizaines d’euros – Michel Aubier ne lui jamais précisé la nature de ses liens avec Total.

Or, l’enquête avait montré que le pneumologue avait pu gagner de 50 000 à 60 000 euros par an, voire 170 000 euros en 2014 – la moitié de ses revenus***. Compte tenu de ses liens avec le groupe pétrolier, on peut interroger l’objectivité du professeur Aubier lorsqu’il publie en 2012 une étude qui, si elle admet que l’exposition à la pollution de l’air due aux particules fines du diesel provoque une aggravation des allergies respiratoires, conclut que de nombreuses questions demeurent quant aux impacts de cette pollution sur la mortalité, le cancer du poumon et les maladies cardio-vasculaires ? Au-delà des soupçons que ce lien financier fait peser sur l’intégrité de ses travaux, c’est aussi la question de son influence dans le débat public qui se pose en creux : ses prises de positions fréquentes dans les médias, le plus souvent minimalistes, ont toujours paru relativiser l’impact des pollutions atmosphériques. En appel, Michel Aubier a affirmé avoir commis une erreur non intentionnelle et confondu les notions de liens d’intérêt et de conflit d’intérêt, sans convaincre les juges qui ont cependant réduit la condamnation prononcée en première instance (six mois de prison avec sursis et 50 000 euros d’amende), au grand dam des associations écologistes. À noter que le conflit d’intérêt n’étant pas un délit pénal en droit français, le tribunal ne s’est pas prononcé sur la validité scientifique des recherches du professeur Aubier, uniquement condamné pour faux témoignage devant la commission sénatoriale.

*Procès de Michel Aubier : “Total a investi sur le professeur”. Le Monde, 15 juin 2017
**La condamnation pour “faux témoignage” du pneumologue Michel Aubier confirmée en appel. Le Monde, 11 septembre 2018
***Le pneumologue Michel Aubier a été rémunéré plus de 150 000 euros par an par Total en 2013 et 2014. Le Monde, 12 juin 2017