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UNIVERSITÉ PARIS DESCARTES
12 RUE DE L’ÉCOLE DE MÉDECINE
75006 PARIS

DIRECTEUR DE LA PUBLICATION : Frédéric Dardel

RÉDACTEUR EN CHEF : Pierre-Yves Clausse

RÉDACTEURS : Jean-Christophe Piot, Pierre-Yves Clausse

CRÉDIT PHOTOS : Université Paris Descartes – Philip Martin – istock2018

CONTRIBUTEURS :
Par ordre d’apparition dans le magazine : Frédéric Dardel, Alain Fischer, Odile Launay, Serge Blisko, Olivier Garraud, Juan Alonso, Marie Veniard, Theodore Alexopoulos, Nathalie Martial-Braz, Samuel Laurent, Claude Forest, Charbel Massaad, Catherine Labbé-Jullié, Brandon Stell, David Janiszek, Gérald Bronner

Présents uniquement dans la version en ligne : Ange Ansour, Didier Pourquery,
Nicolas Martin

En partenariat avec l’émission La Méthode Scientifique sur France Culture.

CONCEPTION ET RÉALISATION : Caillé associés

UNE IDÉE, UNE QUESTION ? presse@parisdescartes.fr

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Défi sociétal

Manipulations et conséquences – Paroles, paroles, paroles…

L’idéal démocratique aurait-il du plomb dans l’aile ? À l’heure de l’abstention massive, des éléments de langage ou des tweets assassins, l’équilibre de nos sociétés occidentales semble parfois menacé par une indifférence de plus en plus générale pour toute notion d’exactitude, de vérité ou d’honnêteté et les manipulations de la parole semblent aujourd’hui monnaie courante. À qui la faute ? Qui joue avec les mots et pourquoi ? Et quelles en sont les conséquences ?

Apparu en 2004 et popularisé en 2016 lors de l’élection de Donal Trump, le concept de post-vérité décrit un univers où les leaders politiques et les médias orientent l’ensemble du débat public vers l’émotion, quitte à se libérer des faits ou en à inventer d’autres – les désormais célèbres “alternative facts” évoqués par Kellyanne Conway, conseillère du président américain. Mais est-ce si neuf, alors qu’on ne compte plus les alertes lancées contre les démagogues ou les manipulateurs, d’Aristote à Orwell ? Populisme, mensonge, démagogie, désinformation, propagande, infox ou fausse nouvelle : quel que soit le terme retenu, le reproche n’est pas neuf et cinq siècles avant notre ère, Aristophane observait déjà à regret dans Les Oiseaux que “l’homme est un être toujours et en tout essentiellement trompeur” – et par conséquent toujours trompé.

La vérité indifférente
Alors, rien de nouveau sous le soleil ? Oui et non, pour Juan Alonso, maître de conférences en sciences du langage à l’Université Paris Descartes. S’il souligne en tant que sémioticien que la vérité n’est pas une notion complètement pertinente dans la mesure où le langage n’est jamais neutre ou innocent, il n’en constate pas moins un changement d’envergure. “Les politiques nous ont toujours habitués à certaines largesses dès qu’on parle de vérité. C’était jusqu’ici compensé par l’idée qu’un discours approximatif ou mensonger finirait par être dévoilé. Nous avons changé de paradigme pour entrer dans un monde où plus personne ne croit à la vérité, où celui qui parle n’essaie même plus de convaincre son auditoire qu’il dit vrai. Une partie du corps électoral se moque complètement de la vérité et voit dans la politique une forme d’entertainment* comme une autre.”

Un diagnostic partagé par Marie Veniard, maîtresse de conférences en sciences du langage au sein de l’Université Paris Descartes qui voit deux raisons à ce phénomène : “La vitesse de circulation et la force de la répétition influencent les énoncés que produisent les politiques, énoncés produits et conçus pour être répétés.” Les fameux éléments de langage, répétés à longueur de plateaux et d’interviews… “Au moment des attentats, le terme de guerre ou de guerre civile était ainsi systématiquement mis en valeur à longueur de tweets ou de titres, créant un phénomène de chambre d’écho.” D’où vient cette indifférence aux faits ? “Il est possible que la prolifération des différentes sources d’information ait conduit à une sorte de déflation de la vérité. En multipliant les sources, on finit par ne plus distinguer celle qui faisait hier autorité”, observe Juan Alonso qui avance un autre élément : “L’horizon est moins stable, plus effrayant. Il y a 50 ans, l’idée de progrès semblait plus claire. La révolution numérique complique la donne en créant une crise de la connaissance du monde donc une instabilité du régime de la vérité.”

*Le mot anglais entertainment (« divertissement ») est souvent employé dans un sens critique pour décrire la société du spectacle dénoncée par Guy Debord sur les citoyens, divertis et donc détournés des enjeux politiques. Un vieil héritage du « Du pain et des jeux ! » de Juvénal…

REGARDEZ L’INTERVIEW D’ANGE ANSOUR,
DU CENTRE DE RECHERCHE INTERDISCIPLINAIRE, SUR LA PÉDAGOGIE.

Effets délétères
Problème : le langage de l’information n’a rien d’innocent et l’emploi de termes et de formules soigneusement choisis gauchit nécessairement la réception d’un fait ou d’une information. “Le langage n’est pas un reflet du monde mais le construit”, souligne Juan Alonso. Quel est son impact sur les représentations du grand public ? Un exemple concret en dit long. Sur fond de crise migratoire, une série de scrutins récents ont montré qu’une partie des citoyens de nombreux pays européens vivent l’arrivée des immigrés comme une menace. Mais les Européens ont-ils une vision objective des chiffres de l’immigration ? Pour le savoir, la Commission européenne et l’institut européen EuroStat ont posé en juillet 2018 une question à plus de 28 000 habitants dans les 28 pays de l’Union européenne : “À quel pourcentage estimez-vous la part des immigrés dans la population de votre pays ?”

Les résultats sont édifiants. À de rares exceptions près – en Suède notamment – les populations ont tendance à surestimer le nombre d’immigrés dans des proportions parfois sidérantes. Alors que 0,6% de la population en Slovaquie est immigrée, les personnes interrogées situent cette part à… 8,3% – près de quatorze fois plus. Si de façon générale, dans les pays de l’Est de l’Europe on exagère le plus le poids de l’immigration, la France, l’Italie ou la Belgique ne sont guère mieux loties avec des écarts qui vont de deux à quatre entre le taux réel et le taux “ressenti” : 18,1% en France pour une réalité qui se situe à 8,9%. Difficile d’imaginer que cette différence de perception ne soit pas alimentée par les discours des extrêmes sur le supposé “grand remplacement”, thème récurrent sur les réseaux sociaux où ce sentiment de saturation ne s’embarrasse guère de chiffres ou de données officielles, de toute façon suspectes aux yeux des tenants d’une Europe submergée.

Le choix des mots
L’immigration est précisément le champ d’études de Marie Veniard dont le travail porte notamment sur les discours médiatiques, institutionnels et militants. L’étude des mots qui circulent dans les débats actuels – “Français de souche”, “migrants”, “exilés”, “réfugiés”, “race”, “allochtones”, “Europe forteresse” ou au contraire “passoire” – montre l’impact de l’extrême médiatisation des phénomènes migratoires ces dernières années d’une part, l’impact du choix des mots d’autre part. “Sans être des linguistes, les hommes politiques et les militants sont des experts du langage. Ils utilisent cette expertise à leur profit pour faire passer tel ou tel message. Leur action sociale passe en partie par le langage”, explique Marie Veniard, qui vient de publier avec sa consoeur Laura Calabrese, de l’université libre de Bruxelles, “Penser les mots, dire la migration”, un recueil de travaux de recherches interdisciplinaires sur la question*. “Le langage a comme première caractéristique d’être flou et de permettre plusieurs définitions : un mot comme diversité ou immigré peut prendre différents sens. Lorsque des militants choisissent de parler de réfugiés, ce n’est pas pour coller à la définition juridique du terme mais pour évoquer l’idée de celui qui cherche un refuge.” À l’inverse, les éléments de langage des représentants du Rassemblement national (ex-Front national) n’ont rien de neutres non plus. Sur le site du parti, pas question de réfugiés ou de droit d’asile : on y parle plutôt “d’immigrationnisme”, “d’immigration de peuplement” et de “racisme anti-Français”.

Un choix de mots qui frise parfois la désinformation ou l’intox, même s’il est difficile de savoir quand s’arrête le discours militant et quand commence le mensonge sciemment organisé : “Il existe une sorte de continuum”, explique la chercheuse qui met également en avant la responsabilité des médias. “La notion de guerre civile, très répandue dans l’extrême droite au moment des attentats, a été souvent relayée dans certains médias, toujours à partir de propos rapportés. Mais même exprimée à travers les propos des autres, cette thèse dangereuse n’est pas anodine. On est à la limite de l’information biaisée… Plus je travaille sur des questions comme l’immigration, plus j’estime qu’il existe une forme de responsabilité des médias.” Reste une question : comment se défendre ? Comment se protéger de l’impact de discours manipulatoires qui parient sur la répétition pour s’installer comme des thèses légitimes (cf. page 19) ? Si Marie Veniard juge nécessaire le développement d’une éducation aux médias, Juan Alonso est plus pessimiste, au moins à court terme : “Comme à chaque période de bouleversements scientifiques, notre époque se caractérise par la prolifération d’informations de tous types et par une remise en cause des autorités traditionnelles. C’est une transition qui ne s’arrêtera lorsque que l’horizon du monde se sera éclairci.”

REGARDEZ L’INTERVIEW DE DIDIER POURQUERY,
DIRECTEUR DE LA RÉDACTION, THE CONVERSATION FRANCE, SUR LA VALORISATION DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE.

Entretien

Theodore Alexopoulos,
Chercheur à l’institut de psychologie de l’Université Paris Descartes

“Les gens qui croient aux fake news ne sont pas des imbéciles”

Chercheur à l’institut de psychologie de l’Université Paris Descartes, Theodore Alexopoulos dispense un cours en Master consacré aux mécanismes qui expliquent la circulation des rumeurs. Pour les Cahiers, il revient sur les principaux facteurs qui permettent aux thèses et aux idées les plus improbables de s’installer dans les esprits.

Quels sont les facteurs qui favorisent la circulation d’une rumeur ?
L’étude de ces phénomènes est un classique de la psychologie sociale, discipline qui s’intéresse depuis les années 20 aux facteurs psychologiques susceptibles d’amener les gens à croire à certaines informations, à les propager et à les défendre. Le phénomène suppose certains prérequis comme l’existence d’une société de l’information. Ce qu’on nomme les fake news n’est qu’une nouvelle sorte de rumeur dans un monde qui en est la forme exacerbée. Le nombre de médias capables de véhiculer une thèse, une idée ou une information a littéralement explosé. S’y ajoute le discrédit qui touche toutes les formes traditionnelles d’autorités : officielles ou étatiques, religieuses, scientifiques… Cette confiance rompue crée un terrain propice en troublant l’individu lambda, déstabilisé tant par l’abondance d’informations que par un manque de repères sûrs.

Comment réagissons-nous face à ce flou ?
Chaque individu répond à une motivation de base, paradoxale d’ailleurs : le besoin d’appartenir à un groupe de référence et d’y gagner une certaine identité sociale d’une part, l’envie d’y rester unique d’autre part. Chacun d’entre nous cherche à conserver sa singularité au sein de son entourage. Relayer une idée atypique alimente ce besoin. C’est une manière de dire au reste du groupe : “Je suis intéressant parce que je ne pense pas comme les autres, je vois des choses que vous ne voyez pas.” Notre tendance à répercuter une fausse information est aussi une manière de nous rassurer. Catastrophes naturelles, attentats, vaccins… La plupart des fausses nouvelles évoquent une forme de menace. Se regrouper au sein de clans qui pensent de la même manière revient à créer des communautés, donc à se sentir plus fort face à ces menaces. Parfois au point d’abandonner certains réflexes rationnels… On associe instinctivement l’homme au raisonnement rationnel alors que les études sur le fonctionnement cognitif ont montré que c’est faux. Dans leur quotidien, les individus sont saturés d’informations et de sollicitations. Comme ils sont en permanence en train de mener plusieurs tâches cognitives en même temps, ils traitent les informations sans nécessairement détecter les distorsions logiques, même les plus frappantes. Les individus peuvent certes varier par leur propension à s’engager dans une pensée réflexive mais nous sommes tous concernés.

Cette saturation affaiblit-elle nos mécanismes de défense face à une fausse information ?
Oui, entre autres, à cause d’un autre phénomène très basique mais très puissant : l’effet de simple exposition, décrit par Robert Zajonc dès 1968. Le simple fait d’être exposé de manière répétée à une même information augmente la probabilité de lui accorder du crédit, y compris lorsqu’on n’y croit pas du tout à première vue. Un élément à la crédibilité très faible sera considéré comme plus crédible à la deuxième rencontre et ainsi de suite.

Peut-on démentir efficacement les fake news ?
Là encore, la difficulté vient d’une tendance commune à retenir plus facilement l’information d’origine que son démenti, surtout si la première affirmation est particulièrement saillante. Dire de quelqu’un qu’il est un violeur est très marquant, le démentir l’est moins : la force de l’information initiale est si puissante qu’on ne retiendra qu’elle. L’autre difficulté tient à la force du système de croyance qu’on se forge au sein d’un groupe. Les faits qu’on y a intégrés sont si importants que réaliser qu’ils sont faux peut causer une douleur insupportable, d’où le réflexe de tout mettre en place pour les protéger. Tout le raisonnement de celui qui est convaincu que la Terre est plate va consister à traiter les informations qu’il reçoit de manière à confirmer cette idée, quitte à accepter les distorsions les plus énormes. Et cela ne signifie pas que ces gens sont bêtes ! Nous fonctionnons tous de cette manière sur d’autres sujets parce que c’est une façon de comprendre et de contrôler notre environnement, deux motivations fondamentales.